{"id":4145,"date":"2012-12-05T20:02:32","date_gmt":"2012-12-05T19:02:32","guid":{"rendered":"http:\/\/2fois11.com\/ouazzani\/?p=4145"},"modified":"2016-04-13T10:15:06","modified_gmt":"2016-04-13T09:15:06","slug":"a-lecole-du-nationalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/?p=4145","title":{"rendered":"A l\u2019\u00e9cole du nationalisme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Zamane.jpg\" rel=\"attachment wp-att-5995\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-5995\" src=\"http:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Zamane.jpg\" alt=\"Zamane\" width=\"240\" height=\"56\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Publi\u00e9 le 5\/12\/2012 par la Revue Zamane<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;\u00e9cole du nationalisme<\/h3>\n<p><em>Par\u00a0Mohammed Bekraoui*<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les jeunes Marocains partis \u00e9tudier en France dans les ann\u00e9es 1930 ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans la lutte pour la lib\u00e9ration du pays. Les mouvements qu\u2019ils ont cr\u00e9\u00e9s ont fait \u00e9merger les futures grandes figures politiques du Maroc ind\u00e9pendant.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mohamed Hassan Ouazzani, Ahmed Balafrej, Mohamed El Fassi\u2026 la plupart des h\u00e9rauts de la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance ont aff\u00fbt\u00e9 leur engagement durant leurs ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes en France. Pourtant, aucune recherche universitaire n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e aux mouvements d\u2019\u00e9tudiants marocains, encore moins \u00e0 la mani\u00e8re dont ils ont contribu\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration du pays. Il faut dire que pendant l\u2019entre-deux-guerres, il y avait peu d\u2019associations d\u2019\u00e9l\u00e8ves et d\u2019\u00e9tudiants, bien qu\u2019elles aient \u00e9t\u00e9 assez actives. Les quelques organisations autoris\u00e9es par les autorit\u00e9s protectri\u00adces le furent pour \u00eatre mieux contr\u00f4l\u00e9es, telles que les amicales d\u2019anciens \u00e9l\u00e8ves des coll\u00e8ges Moulay Idriss de F\u00e8s et Moulay Youssef de Rabat, par exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Passe ton bac d\u2019abord<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu\u2019\u00e0 la fin de la Seconde guerre mondiale, le Maroc ne compte aucun \u00e9tablissement d\u2019enseignement secondaire \u00e0 part ces deux seuls coll\u00e8ges et, pour ainsi dire, aucune universit\u00e9 moderne, ni aucun \u00e9tablissement d\u2019enseignement sup\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019exception de la Qaraouiyine. Par ailleurs, la politique du protectorat en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation, \u00e9litiste et discriminatoire \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb, aggrave la discrimination entre enseignement officiel et celui de la Qaraouiyine. Le nombre d\u2019\u00e9tudiants marocains reste donc faible. \u00c0 ces difficult\u00e9s, s\u2019ajoutent les restrictions et limita\u00adtions apport\u00e9es par les autorit\u00e9s protectrices aux libert\u00e9s pu\u00adbliques, d\u2019association notamment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien d\u2019\u00e9tonnant, donc, \u00e0 ce que les \u00e9l\u00e8ves et \u00e9tudiants ma\u00adrocains partent s\u2019instruire \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, en m\u00e9tropole sur\u00adtout, o\u00f9 ils vont contribuer \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019associations d\u2019\u00e9tudiants, notamment l\u2019Association des \u00e9tudiants musulmans nord-africains (AEMNA).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les premiers jeunes Marocains venus achever leurs \u00e9tudes en France sont d\u2019anciens \u00e9l\u00e8ves des \u00ab\u2009\u00e9coles de fils de notables\u2009\u00bb, comme on les appelle alors officiellement, auxquels Lyautey accorde toute son attention, car il veut en faire \u00ab\u2009une \u00e9lite apte \u00e0 s\u2019associer \u00e0 nous et \u00e0 former la substance vivante du personnel du protectorat\u2009\u00bb, t\u00e9moigne son neveu Pierre Lyautey dans Lyautey l\u2019Africain. Les meilleurs \u00e9l\u00e9ments sont dirig\u00e9s, \u00e0 partir de 1914, vers les coll\u00e8ges Moulay Idriss de F\u00e8s et Moulay Youssef de Rabat, o\u00f9 l\u2019enseignement dispense une double culture. Ces deux \u00e9tablissements fournissent la majorit\u00e9 des premiers \u00e9l\u00e8ves arriv\u00e9s en m\u00e9tropole. Cr\u00e9\u00e9s par Lyautey pour dispenser un enseignement moderne aux fils de familles bourgeoises, ces coll\u00e8ges ne pr\u00e9parent cependant pas au baccalaur\u00e9at et n\u2019offrent, par cons\u00e9quent, aucun d\u00e9bouch\u00e9. Ce qui n\u2019est pas le cas des lyc\u00e9es fran\u00e7ais, vers lesquels les convoitises vont se tourner. En effet, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec du mouvement ri\u00adfain, les r\u00e9ticences des Marocains vis-\u00e0-vis de l\u2019enseignement fran\u00ad\u00e7ais s\u2019att\u00e9nuent peu \u00e0 peu, surtout dans les grandes villes. Les jeunes \u00e9l\u00e8ves commencent alors \u00e0 affluer vers les \u00e9coles, coll\u00e8ges et lyc\u00e9es fran\u00e7ais, qui dispensent un enseignement de meilleure qualit\u00e9 et pr\u00e9\u00adparent surtout au baccalaur\u00e9at, qui ouvre la porte des universit\u00e9s et des grandes \u00e9coles de la m\u00e9tropole. Mais ces \u00e9tablissements ne sont pas ouverts \u00e0 tous les Marocains. On permet, toutefois, \u00e0 quelques fils de notables de s\u2019inscrire au lyc\u00e9e Gouraud de Rabat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Point trop n\u2019en faut<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1927-28, se produit donc une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0course au lyc\u00e9e\u00a0\u00bb, bien que l\u2019admission soit soumise \u00e0 une autorisation politique sp\u00e9ciale tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re. Dans une lettre au proviseur du lyc\u00e9e fran\u00e7ais de F\u00e8s (Moulay Slimane), relative \u00e0 l\u2019admission des \u00e9l\u00e8ves autochtones, le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Instruction publique lui rappelle que \u00ab\u2009compte tenu de la situation particuli\u00e8re de la ville de F\u00e8s, j\u2019ai d\u00e9\u00adcid\u00e9 que chaque demande d\u2019admission d\u2019un \u00e9l\u00e8ve indig\u00e8ne musul\u00adman devrait faire l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude et d\u2019une enqu\u00eate particuli\u00e8res. L\u2019admission ne pourra \u00eatre prononc\u00e9e que sur ma pro\u00adpre d\u00e9ci\u00adsion\u2026\u2009\u00bb. Un v\u00e9ritable blocus culturel est ainsi impos\u00e9 \u00e0 la ville de F\u00e8s. En juin 1929, le nombre total des jeunes \u00e9l\u00e8\u00adves fr\u00e9quentant les lyc\u00e9es fran\u00e7ais du pays est estim\u00e9 \u00e0 86 seulement. En 1936, ce nombre cro\u00eet l\u00e9g\u00e8rement et atteint 273, mais reste d\u00e9risoire compar\u00e9 aux 7778 \u00e9l\u00e8ves europ\u00e9ens. C\u2019est pourquoi les familles ais\u00e9es pr\u00e9f\u00e8rent envoyer leurs enfants s\u2019instruire \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut rappeler qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, au Maroc, il n\u2019existe aucun enseignement sup\u00e9\u00adrieur moderne digne de ce nom. On a cr\u00e9\u00e9, il est vrai, un Institut des hautes \u00e9tudes marocaines \u00e0 Rabat, mais il ne dispense pas un ensei\u00adgnement sup\u00e9rieur v\u00e9rita\u00adble et vise surtout \u00e0 \u00e9viter aux Marocains de se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et d\u2019y acqu\u00e9rir des id\u00e9es \u00ab\u2009subversives\u2009\u00bb. L\u2019administration use, en effet, de tous les moyens pour emp\u00eacher \u00e9l\u00e8ves et \u00e9tudiants de partir \u00e9tudier \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Mohamed Hassan Ouazzani rapporte que Brunot, directeur de l\u2019Instruction publique, exerce toutes sortes de pressions sur les parents, accusant les \u00e9tudiants de renier leur r\u00e9gion, leurs coutumes. De plus, les jeunes \u00e9tudiants \u00ab\u2009se voyaient toujours refuser leur passeport\u2009\u00bb, af\u00adfirme Ouazzani (in Moudakkirat hayat Wa Jihad, 1982). A ces obstacles, s\u2019ajoute le co\u00fbt tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 des \u00e9tudes en France, surtout que tr\u00e8s peu de bourses sont accord\u00e9es. En 1937, Le Bulletin \u00e9conomique du Maroc indique que \u00ab\u2009depuis dix ans, 8 \u00e9tudiants marocains ont b\u00e9n\u00e9\u00adfici\u00e9 de bourses dans les \u00e9tablissements d\u2019enseignement sup\u00e9\u00adrieur m\u00e9tropolitain\u2009\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, seules cer\u00adtaines familles ais\u00e9es parviennent \u00e0 envoyer leurs fils poursuivre leurs \u00e9tudes dans les universit\u00e9s fran\u00e7aises et arabes du Proche-Orient\u2009: Le Caire, Damas, Beyrouth\u2026 La plupart des \u00e9tudiants sont en effet issus de familles riches et citadines, origi\u00adnaires exclusivement des villes traditionnelles\u00a0: Rabat-Sal\u00e9, F\u00e8s, Mekn\u00e8s, Marrakech. Ils sont g\u00e9n\u00e9ralement fils de n\u00e9gociants, de hauts fonctionnai\u00adres du Makhzen, ou encore de ca\u00efds, de grands propri\u00e9taires, de fonctionnaires, etc. Les fili\u00e8res choisies sont principalement celles qui permettent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des fonctions lib\u00e9rales telles que m\u00e9decin, avocat, ing\u00e9nieur, pro\u00adfesseur. Parmi ces \u00e9tudiants, citons Omar Ben Abdeljalil, qui entre \u00e0 l\u2019Ecole nationale d\u2019agriculture de Montpel\u00adlier o\u00f9 il passera deux ans. En 1925, il est rejoint en France par son fr\u00e8re, qui s\u2019inscrit \u00e0 la Sorbonne. Il s\u2019agit de Mohammed Ben Abdeljalil, qui avait fait partie du premier voyage en France d\u2019\u00e9tudiants marocains orga\u00adnis\u00e9 par Lyautey, en 1922, et qui se convertira au catholicisme en 1928. Quant \u00e0 Thami Al Moqri, il poursuit des \u00e9tudes agricoles en Suisse et Jebli Idouni est le premier m\u00e9decin maro\u00adcain dipl\u00f4m\u00e9 de Paris. Nous ne disposons pas de renseignements, ni de chiffres sur les autres \u00e9tudiants qui ont poursuivi des \u00e9tudes en m\u00e9tropole, ainsi que dans les autres pays europ\u00e9ens. Nous savons, par exem\u00adple, que des fils de parents prot\u00e9g\u00e9s ont fait des \u00e9tudes en Angle\u00adterre, en Suisse, en Belgique, mais il est tr\u00e8s difficile de conna\u00eetre leur nombre et la nature de leurs \u00e9tudes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>En route pour la France<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir de 1927, l\u2019\u00e9migration estudiantine marocaine vers la m\u00e9tropole s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. Mais la conversion au catholicisme de Mohamed Ben Abdel\u00adjalil et l\u2019agitation provoqu\u00e9e par la promulgation du dahir sur la justice en pays berb\u00e8re, en 1930, va ralentir le mouvement des d\u00e9\u00adparts vers la m\u00e9tropole, qui ne reprendra qu\u2019\u00e0 partir de 1931. D\u2019apr\u00e8s les archives du Quai d\u2019Or\u00adsay et selon le t\u00e9moignage de Mohamed Hassan Ouazzani, on sait qu\u2019en 1933 une quarantaine d\u2019\u00e9tudiants et de lyc\u00e9ens poursuivent leurs \u00e9tudes \u00e0 Paris, sans compter ceux qui \u00e9tudient en province. Cependant, ce nombre reste faible compar\u00e9 \u00e0 celui des autres \u00e9tudiants maghr\u00e9bins et ara\u00adbes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En arrivant \u00e0 Paris, les \u00e9tudiants marocains d\u00e9couvrent un univers intellectuel et artis\u00adtique enti\u00e8rement nouveau pour eux. Les courants de pen\u00ads\u00e9e moderniste qui agitent le monde au lendemain du premier conflit mondial, les principes de la d\u00e9mocratie universelle et lib\u00e9\u00adrale, les principes d\u2019autod\u00e9termination d\u00e9veloppent chez eux des sentiments anti-coloniaux et un esprit critique. Ces id\u00e9es nouvel\u00adles ont une grande influence sur leur sentiment de dignit\u00e9 et de libert\u00e9. Il y a aussi les contacts fr\u00e9quents avec les autres \u00e9tudiants, aussi bien m\u00e9tropolitains qu\u2019\u00e9trangers venus des quatre coins de l\u2019empire colonial fran\u00e7ais, notamment les Tunisiens, les Egyptiens, les Sy\u00adriens, etc., dont certains joueront un r\u00f4le important dans les mouve\u00adments nationaux de leur pays, comme par exemple Habib Bourguiba, Mongi Slim, H\u00e9di Nouira. Les \u00e9tudiants marocains nouent de solides amiti\u00e9s avec les hom\u00admes politi\u00adques fran\u00e7ais de gauche et les militants syndicalistes, par\u00adtici\u00adpent \u00e0 leur d\u00e9bats anti-coloniaux, aux meetings, collaborent \u00e0 des journaux et des revues, tels que Maghreb. \u00ab\u2009Le quartier Latin con\u00adtribua \u00e0 la culture politique des Maghr\u00e9bins dans une proportion consid\u00e9\u00adrable n\u00e9glig\u00e9e par les historiens\u2009\u00bb, souligne l\u2019historien Charles-Andr\u00e9 Julien (in Le Maroc face aux imp\u00e9rialismes, 1978). L\u2019impact de la culture et de l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aises, que tous ces \u00e9tudiants ont subi, a fait na\u00eetre en eux un \u00ab \u00e9ga\u00adlitarisme libertaire et la\u00efcisant \u00bb, mais n\u2019a pas effac\u00e9 totalement l\u2019h\u00e9ritage culturel religieux islamique commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 27 d\u00e9cembre 1927, l\u2019Association des \u00e9tudiants musulmans nord-africains (AEMNA) est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019initiative de deux \u00e9tudiants tunisiens, Chadly Khairallah et Ahmed Ben Milad, et des Marocains Mohamed Hassan Ouazzani, Ahmed Balafrej et Mohamed El Fassi. Elle regroupe une centaine de membres dans la r\u00e9gion pari\u00adsienne et environ 200 dans les trois pays maghr\u00e9bins. Son si\u00e8ge, d\u2019abord install\u00e9 dans un caf\u00e9 situ\u00e9 sur le boulevard Saint-Ger\u00admain, sera transf\u00e9r\u00e9 rue Rollin, dans le quartier Latin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Etudiants du Maghreb, unissez-vous\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019association compte une section tunisienne, ma\u00adrocaine et alg\u00e9rienne, mais la majorit\u00e9 de ses membres sont d\u2019origine tunisienne. Sa cr\u00e9ation co\u00efncide avec le passage d\u2019une forme arm\u00e9e, tribale et locale de l\u2019action nationale \u00e0 une lutte politique active \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des pays maghr\u00e9bins. N\u00e9anmoins, dans un premier temps, les objectifs de l\u2019association sont plus d\u2019ordre culturel et social que politiques. L\u2019AEMNA se propose de \u00ab\u2009resserrer les liens d\u2019amiti\u00e9 et de solidarit\u00e9 entre ses membres\u2009\u00bb, d\u2019\u00ab\u2009encourager leurs compatriotes \u00e0 venir poursuivre leurs \u00e9tu\u00addes en France\u2009\u00bb et de \u00ab\u2009faciliter leur s\u00e9jour en France par la cr\u00e9ation de bourses et de pr\u00eats d\u2019honneur et la fondation d\u2019une maison de l\u2019\u00e9tu\u00addiant\u2009\u00bb, ainsi que le pr\u00e9cisent ses statuts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les premi\u00e8res revendications de l\u2019association portent surtout sur la modernisation du syst\u00e8me \u00e9ducatif et des programmes d\u2019\u00e9tudes, le statut de l\u2019arabe dans l\u2019enseignement, la r\u00e9forme de l\u2019enseigne\u00adment religieux, notamment de la Qaraouiyine et de la Zi\u00adtouna (Tunis), et sur l\u2019\u00e9ducation de la femme musulmane. Ce n\u2019est que par la suite, apr\u00e8s 1930, qu\u2019appara\u00eetra l\u2019aspiration \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et \u00e0 l\u2019unit\u00e9 maghr\u00e9bine. Pour atteindre leurs objectifs, les \u00e9tudiants publient livres et p\u00e9riodiques et organisent divers colloques, d\u00e9bats, s\u00e9minaires, causeries ou r\u00e9unions. Parmi les activit\u00e9s culturelles, les conf\u00e9rences tien\u00adnent une place de choix. En principe hebdomadaires, elles sont des\u00adtin\u00e9es \u00e0 faire mieux conna\u00eetre aux \u00e9tudiants les \u00ab\u2009grands faits de la civilisation arabo-islamique\u2009\u00bb et \u00e0 leur don\u00adner l\u2019occasion de se rencontrer et d\u2019\u00e9changer des id\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie associative am\u00e8ne cependant bien vite les \u00e9tudiants \u00e0 l\u2019engagement politique. Lors de sa constitution, l\u2019AEMNA avait manifest\u00e9 son intention de s\u2019abstenir de toute activit\u00e9 politi\u00adque. Mais certains \u00e9tudiants, dont Chadly Kha\u00ef\u00adrallah, pr\u00e9sident du premier bureau de l\u2019association, Ahmad Ben Milad, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Mohamed Hassan Ouazzani ou encore Ahmed Bala\u00adfrej, ainsi que des \u00e9tudiants alg\u00e9riens, se sont affili\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9toile nord\u00ad-africaine (ENA), une organisation alg\u00e9rienne sou\u00adtenue par le Parti communiste fran\u00e7ais (PCF). L\u2019ENA organise une s\u00e9rie de meetings, de manifestations et de r\u00e9unions publi\u00adques au cours desquelles les orateurs ne tardent pas \u00e0 demander la suppres\u00adsion du Code de l\u2019indig\u00e9nat en Alg\u00e9rie et l\u2019ind\u00e9pendance des trois pays maghr\u00e9bins. Selon l\u2019historien Omar Carlier, l\u2019ENA \u00ab\u2009est la premi\u00e8re organisation politique alg\u00e9rienne \u00e0 revendiquer ouver\u00adtement l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie et de tous les pays du Ma\u00adg\u00adhreb\u2009\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9tudiants en profitent pour intensifier leur propagande poli\u00adtique\u2009: r\u00e9unions, tracts et articles de presse, qui visent surtout \u00e0 toucher la main-d\u2019\u0153uvre nord-africaine employ\u00e9e dans la r\u00e9gion parisienne. En 1928, les activit\u00e9s de l\u2019AEMNA demeurent discr\u00e8\u00adtes. L\u2019ann\u00e9e suivante, l\u2019ENA est dissoute, en m\u00eame temps qu\u2019une mesure d\u2019expulsion est prise contre Chadly, qui doit regagner la Tunisie. D\u00e9but 1930, l\u2019association manifeste ouvertement ses tendances politiques en d\u00e9cidant d\u2019exclure les membres naturalis\u00e9s fran\u00e7ais. La section alg\u00e9rienne de l\u2019AEMNA, ayant en effet r\u00e9clam\u00e9 la qualit\u00e9 de citoyen fran\u00e7ais pour les Alg\u00e9riens \u00e0 l\u2019occasion du centenaire de l\u2019Alg\u00e9rie, les sections marocaine et tunisienne se sont d\u00e9solidari\u00ads\u00e9es d\u2019elle. Cette mesure provoque le d\u00e9part de la plupart des \u00e9tudiants alg\u00e9riens qui fondent leur propre organisation. Seuls quelques \u00e9tudiants constantinois continuent \u00e0 faire partie de l\u2019AEMNA. D\u00e8s lors, \u00ab\u2009l\u2019Association prit dans le vocabulaire du quartier Latin, le nom d\u2019association nationaliste\u2009\u00bb, pr\u00e9cise un rapport officiel de l\u2019\u00e9poque, conserv\u00e9 dans les archives du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des \u00e9tudiants aux ouvriers<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1930, c\u2019est aussi le moment o\u00f9 quelques \u00e9tudiants ach\u00e8vent leurs \u00e9tudes sup\u00e9\u00adrieures en France et rentrent au Maroc. Mais au lieu de mettre en confiance cette jeunesse instruite en lui confiant certains emplois, m\u00eame subalternes, en l\u2019orientant et en la conseillant, au contraire on la tient syst\u00e9matiquement \u00e0 l\u2019\u00e9cart des affaires de son pays. On la marginalise, on la fait taire \u00e0 tout prix. Profond\u00e9ment d\u00e9\u00e7us, les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s attendent l\u2019occasion d\u2019exprimer ouvertement leur col\u00e8re, leur indignation et leur frustration. Le gouvernement du protectorat ne va pas tar\u00adder \u00e0 la leur fournir en publiant le fameux Dahir berb\u00e8re, le 16 mai 1930, qui va cristalliser toutes les tendances nationalistes. En m\u00e9tropole, le mouvement \u00e9tudiant se radicalise et entra\u00eene un regain d\u2019activit\u00e9s de l\u2019AEMNA. R\u00e9unions publiques et meetings s\u2019encha\u00eenent. Un vaste mouvement de protestation est lanc\u00e9 contre le Dahir berb\u00e8re. L\u2019AEMNA effectue des d\u00e9\u00admarches aupr\u00e8s d\u2019un grand nombre de personnalit\u00e9s politiques de gauche afin d\u2019agir sur l\u2019opinion publique fran\u00e7aise et publie des articles dans Maghreb qui condamnent les abus des autorit\u00e9s protectrices. En outre, les relations des \u00e9tudiants marocains avec Chakib Arsalane, l\u2019\u00e9mir druze panarabe, ayant toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9troites, le Dahir berb\u00e8re fournit l\u2019occasion \u00e0 ce grand leader d\u2019intervenir dans les affaires marocai\u00adnes \u00e0 l\u2019initiative de Ahmed Balafrej et Mohamed El Fassi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 ce moment aussi qu\u2019\u00e9clatent de violentes manifestations de rues dans les principales villes maro\u00adcai\u00adnes, au cours desquelles de nombreux nationalistes sont arr\u00ea\u00adt\u00e9s, dont Mohamed Hassan Ouazzani. Les \u00e9tudiants comprennent, bien vite, tout l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il y a \u00e0 agir sur la masse des tra\u00advailleurs \u00e9migr\u00e9s \u00e0 Paris et dans sa banlieue, et \u00e0 essayer de les encadrer. D\u00e9but mai 1935, l\u2019Association de bienfaisance de l\u2019ouvrier marocain est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Gen\u00adnevilliers par quelques intellectuels marocains. Ses statuts ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s et discut\u00e9s lors du passage de Mohamed Hassan Ouazzani \u00e0 Paris, en septembre 1934. Son prin\u00adcipal objectif consiste \u00e0 \u00ab\u2009apporter son secours, dans les limites de ses possibilit\u00e9s, \u00e0 tous les Marocains dont la situation sera jug\u00e9e pr\u00e9\u00adcaire\u2009\u00bb, comme le pr\u00e9cisent ses statuts. Cette association s\u2019interdit, en principe, toute activit\u00e9 politique. Mais, juste apr\u00e8s sa constitution, elle \u00ab\u2009lan\u00e7a une protestation au nom des travailleurs contre le Dahir berb\u00e8re. Ce pro\u00adjet aurait \u00e9t\u00e9 con\u00e7u par Mohamed Hassan Ouazzani lors de son pas\u00adsage \u00e0 Paris\u2009\u00bb, souligne un rapport de police. Le r\u00f4le des \u00e9tu\u00addiants est donc fondamental dans l\u2019\u00e9veil des esprits et de la conscience politique des travailleurs marocains \u00e9migr\u00e9s. Et les activit\u00e9s politiques de l\u2019AEMNA ne tardent pas \u00e0 in\u00adqui\u00e9ter vivement les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, \u00e0 tel point que le pr\u00e9fet de police propose au ministre de l\u2019Int\u00e9rieur de la dissoudre, si l\u2019on en croit un rapport de police datant de 1935. De m\u00eame, l\u2019administration a interdit, en 1933 et 1936, deux des congr\u00e8s que l\u2019AEMNA avait pris l\u2019habitude de tenir chaque ann\u00e9e \u00e0 partir de 1931 dans l\u2019un des trois pays maghr\u00e9bins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les intellectuels bourgeois marocains de formation fran\u00e7aise \u00e9taient peu nombreux\u00a0: on peut estimer leur effectif \u00e0 une centaine \u00e0 la veille de la Seconde guerre mondiale. Le mouvement \u00e9tudiant marocain n\u2019en a pas moins \u00e9t\u00e9 une composante fondamentale du mouvement de lutte pour la lib\u00e9ration nationale. L\u2019historien Roger Le Tourneau, observateur avis\u00e9 et perspicace, t\u00e9moin des premi\u00e8res manifestations nationalistes, observe\u2009: \u00ab\u2009Ce mouvement ne fut pas au d\u00e9part une pouss\u00e9e populaire mais bien une r\u00e9action d\u2019intellectuels, et presque toujours de jeunes intellectuels\u2009\u00bb (in Histoire du Maroc moderne, 1992). Parmi eux, trois ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9ter\u00adminant d\u00e8s les d\u00e9buts du mouvement nationaliste\u2009: deux de F\u00e8s, Mohamed Hassan Ouazzani et Omar Ben Abdeljalil, et le troisi\u00e8me de Ra\u00adbat, Ahmed Balafrej. En 1921, Georges Hardy, directeur de l\u2019Instruction publi\u00adque, pr\u00e9disait dans une note sur \u00ab\u2009l\u2019enseignement indig\u00e8ne\u2009\u00bb que c\u2019est des rangs des enfants originaires des classes pauvres des villes, de la pl\u00e8be, \u00ab\u2009c\u2019est d\u2019eux, plus encore que des rangs de la bourgeoisie que sortiront les jeunes turbans hostiles \u00e0 notre domina\u00adtion\u2009\u00bb. Les faits ont d\u00e9montr\u00e9 le contraire.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Lyautey avait les \u00e9tudiants \u00e0 l\u2019\u0153il<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier s\u00e9jour d\u2019\u00e9tudiants marocains en France re\u00admonte \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Afin de h\u00e2ter la formation de cadres ma\u00adrocains \u00e0 certaines sp\u00e9cialit\u00e9s, le Makhzen a en effet envoy\u00e9 un certain nombre de tolbas (\u00e9tudiants) en stage dans diff\u00e9rentes \u00e9coles et acad\u00e9mies militaires europ\u00e9ennes (France, Angleterre, Belgique\u2026). La France re\u00e7oit ainsi, vers 1884, sous le r\u00e8gne de Moulay Hassan Ier, un groupe d\u2019une vingtaine d\u2019\u00e9tudiants ma\u00adrocains pour effectuer un stage, notamment \u00e0 l\u2019\u00c9cole du g\u00e9nie de Montpellier. Plus tard, la m\u00eame exp\u00e9rience est renouvel\u00e9e par les auto\u00adrit\u00e9s du protectorat, qui envoient en visite dans l\u2019Hexagone, au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 1921, un groupe d\u2019\u00e9l\u00e8ves officiers de la premi\u00e8re promotion sortie de l\u2019\u00c9cole Dar El Be\u00efda de Mekn\u00e8s. D\u2019autres voyages de plusieurs semaines seront organis\u00e9s par l\u2019ad\u00administration au profit d\u2019\u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles et col\u00adl\u00e8ges musulmans, soi\u00adgneusement tri\u00e9s sur le volet. Ces voyages prennent \u00ab les pro\u00adportions d\u2019une sorte de p\u00e8lerinage aux sources intellectuelles et artistiques de la civilisation fran\u00e7aise et de parcours mondain des\u00adtin\u00e9 \u00e0 introduire l\u2019\u00e9lite du Ma\u00adroc de demain dans la haute soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00bb, observe l\u2019historien Daniel Ri\u00advet (dans Lyautey et l\u2019institution du protectorat fran\u00e7ais au Maroc, 1988). Les programmes de ces visites, effectu\u00e9es sous bonne garde, sont soigneusement \u00e9tudi\u00e9s, pr\u00e9par\u00e9s et ex\u00e9cu\u00adt\u00e9s par le r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral, afin d\u2019\u00e9viter tout d\u00e9rapage. Dans une note, Lyautey recommande que les \u00e9l\u00e8ves \u00ab doivent rester group\u00e9s, loger ensemble dans les h\u00f4tels bien choisis, ne pas s\u2019\u00e9carter des habitudes musulmanes. [\u2026] Avant tout ne pas prendre de tenue europ\u00e9enne, ni rien qui s\u2019en appro\u00adche, mais rester dans la tenue strictement marocaine \u00bb. \u00a0T\u00e9moignage si \u00e9loquent du conservatisme socioculturel du r\u00e9si\u00addent g\u00e9n\u00e9ral, qui veut \u00e9viter \u00e0 tout prix que l\u2019influence de la vie moderne occidentale et la culture fran\u00e7aise n\u2019impr\u00e8gne les esprits des jeunes Marocains. La volont\u00e9 de Lyautey de maintenir cette jeunesse dans ses \u00ab\u2009s\u00e9culaires habitudes\u2009\u00bb, comme il dit, explique que ces exp\u00e9riences ne seront pas renou\u00advel\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>*Mohammed Bekraoui ,\u00a0historien, sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire contemporaine du Maroc et des relations maroco-fran\u00e7aises. Il s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement \u00e0 l\u2019histoire militaire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Source : <a href=\"http:\/\/zamane.ma\/fr\/a-lecole-du-nationalisme\/\">Zamane<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 le 5\/12\/2012 par la Revue Zamane A l&rsquo;\u00e9cole du nationalisme Par\u00a0Mohammed Bekraoui* Les jeunes Marocains partis \u00e9tudier en France dans les ann\u00e9es 1930 ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans la lutte pour la lib\u00e9ration du pays. 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