{"id":4143,"date":"2012-12-14T10:00:14","date_gmt":"2012-12-14T09:00:14","guid":{"rendered":"http:\/\/2fois11.com\/ouazzani\/?p=4143"},"modified":"2016-04-13T10:23:34","modified_gmt":"2016-04-13T09:23:34","slug":"la-saga-de-la-presse-marocaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/?p=4143","title":{"rendered":"La saga de la presse marocaine"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Zamane.jpg\" rel=\"attachment wp-att-5995\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-5995\" src=\"http:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Zamane.jpg\" alt=\"Zamane\" width=\"240\" height=\"56\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Publi\u00e9 le 14\/12\/2012\u00a0par la Revue Zamane<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La saga de la presse marocaine<\/h3>\n<p><a href=\"http:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Photo_MHO_620x372.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6002\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-6002\" src=\"http:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Photo_MHO_620x372.jpg\" alt=\"Photo_MHO_620x372\" width=\"620\" height=\"372\" srcset=\"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Photo_MHO_620x372.jpg 620w, https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Photo_MHO_620x372-300x180.jpg 300w, https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Photo_MHO_620x372-600x360.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 620px) 100vw, 620px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De l\u2019aube des ann\u00e9es 1930 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Ind\u00e9pendance, la presse nationaliste joue un r\u00f4le majeur mais sous-estim\u00e9 dans l\u2019histoire du pays. Le combat des plumes fait rage et les jeunes journalistes marocains deviennent le fer de lance du mouvement nationaliste.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9part du mar\u00e9chal Lyautey et la fin de la guerre du Rif inaugurent la v\u00e9ritable naissance de la presse nationaliste. Il para\u00eet d\u00e9sormais \u00e9vident que la lutte pour la dignit\u00e9 des Marocains (et non pas encore pour l\u2019ind\u00e9pendance) ne peut se faire par la force. Durant les ann\u00e9es 1920, quelques \u00e9rudits de l\u2019Universit\u00e9 de la Qaraouiyine de F\u00e8s ont bien tent\u00e9 de faire passer des messages sur des manuscrits clandestins. Des publications archa\u00efques du nom d\u2019Al-Watan (la patrie), Al-Qati (l\u2019\u00e9p\u00e9e tranchante) ou Al-Madrasa (l\u2019\u00e9cole), sont pass\u00e9es entre les mains d\u2019une \u00e9lite lettr\u00e9e et religieuse, frustr\u00e9e de ne pas pouvoir faire circuler sa pens\u00e9e. La presse structur\u00e9e doit devenir la nouvelle arme d\u2019un mouvement national naissant. Elle permet de rendre plus audible la d\u00e9ception des Marocains, pour qui le trait\u00e9 de protectorat aurait d\u00fb permettre des r\u00e9formes \u00e0 m\u00eame de d\u00e9velopper le pays et d\u2019en faire profiter sa population. Or, le protectorat ressemble de plus en plus \u00e0 une colonisation dans les r\u00e8gles, \u00e0 savoir l\u2019exploitation des ressources humaines et naturelles du Maroc. N\u00e9anmoins, la chape de plomb impos\u00e9e par l\u2019ancien R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral a toutes les raisons de s\u2019assouplir. En m\u00e9tropole, avec la crise \u00e9conomique de 1929, le vent politique semble s\u2019orienter \u00e0 gauche et le nouvel homme fort du Maroc, Th\u00e9odore Steeg, est un civil protestant, membre du parti radical-socialiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les premiers pas dans l\u2019ombre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En attendant des gestes d\u2019ouverture concrets, quelques organes de presse s\u2019agitent pour rappeler \u00e0 la France sa vocation \u00e0 d\u00e9fendre les droits de l\u2019homme et, de fait, la libert\u00e9 d\u2019expression. C\u2019est le cas d\u2019abord de quelques supports fran\u00e7ais du Maroc qui osent, pour la premi\u00e8re fois, s\u2019exprimer sur le sort des \u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb et bousculer le pouvoir en place. Il s\u2019agit notamment de l\u2019hebdomadaire Redd-Balek, fond\u00e9 en 1927 et qui se r\u00e9clame de la SFIO (Section fran\u00e7aise de l\u2019internationale ouvri\u00e8re, anc\u00eatre du Parti socialiste). Son nom (\u00ab\u00a0prends garde\u00a0\u00bb, en darija) r\u00e9sonne comme une menace et refl\u00e8te la virulence dont est capable l\u2019hebdomadaire, interdit d\u2019ailleurs au bout de quelques num\u00e9ros. D\u2019autres m\u00e9dias s\u2019int\u00e9ressent \u00e9galement au sort des Marocains, surtout au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 et \u00e0 la promulgation du dahir berb\u00e8re. Ainsi, la presse arabe \u00e9trang\u00e8re, qui trouve un large \u00e9cho aupr\u00e8s des \u00e9lites marocaines, s\u2019offusque d\u2019une nouvelle orientation de \u00ab\u2009la politique berb\u00e8re\u2009\u00bb, sujet hautement sensible. Le leader panarabe Chakib Arsalan accorde \u00e0 ce combat une large place dans les colonnes de sa revue La Nation Arabe, en 1930\u2009: \u00ab\u2009La plus sacr\u00e9e des libert\u00e9s, c\u2019est la libert\u00e9 des consciences et des croyances\u00a0; la plus grande atteinte qui ait \u00e9t\u00e9 port\u00e9e \u00e0 cette libert\u00e9 en ces derniers temps se trouve dans les agissements de la France au Maroc. Elle veut contraindre tout un peuple \u00e0 abandonner sa foi pour embrasser le christianisme\u2009\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les nationalistes marocains ne poss\u00e8dent \u00e0 cette \u00e9poque aucun moyen autonome de publication. Le dahir de la presse de 1914 exige que les directeurs de publication soient de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Seules deux solutions sont d\u00e9sormais \u00e0 disposition des nationalistes. Soit le parrainage par un Fran\u00e7ais sensible \u00e0 leur cause, soit la clandestinit\u00e9. Le jeune Sa\u00efd Hajji, seize ans \u00e0 peine, choisit la seconde option d\u00e8s 1929 et publie un audacieux hebdomadaire manuscrit en arabe, Al-Widad, distribu\u00e9 dans l\u2019ombre des ruelles de m\u00e9dinas. Le 8 janvier de la m\u00eame ann\u00e9e, on pouvait y lire\u2009: \u00ab\u2009Ce journal a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour combattre le colonialisme et l\u2019esclavage. Chaque Marocain sera condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre an\u00e9anti s\u2019il ne se r\u00e9veille pas sur le champ et n\u2019adopte la devise\u00a0: la mort si n\u00e9cessaire et que vive le Maroc\u2009!\u2009\u00bb. L\u2019insolence de Sa\u00efd Hajji reste un cas unique avant 1930 et ne refl\u00e8te en rien l\u2019action des penseurs du nationalisme marocain. Mais cette approche radicale ouvre le champ de la protestation par la presse, m\u00eame si cette derni\u00e8re ne repr\u00e9sente encore aucune menace s\u00e9rieuse pour le protectorat. Mais ce n\u2019est qu\u2019une question de temps\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Maghreb, une presse nationaliste officielle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques ann\u00e9es plus tard, Mohamed Hassan Ouazzani, figure embl\u00e9matique du nationalisme marocain, \u00e2g\u00e9 d\u2019\u00e0 peine 23 ans, mise sur un journalisme engag\u00e9 pour rappeler \u00e0 la France son devoir de r\u00e9forme et de modernisation du royaume. L\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er un support de presse officiel ne peut s\u2019appliquer qu\u2019avec l\u2019aide d\u2019un citoyen fran\u00e7ais qui s\u2019engagerait \u00e0 en devenir le r\u00e9dacteur en chef. Robert-Jean Longuet, avocat du nationaliste Ahmed Djebli Aydouni, semble pr\u00e9senter le profil id\u00e9al. Ce militant socialiste, arri\u00e8re-petit-fils de Karl Marx, conna\u00eet bien le Maroc et se lie rapidement \u00e0 la cause des militants nationalistes. La revue Maghreb est fond\u00e9e par les deux hommes, avec le concours de Omar Ben Abd-el-Jalil et surtout de Ahmed Balafrej, qui en devient l\u2019un des r\u00e9dacteurs les plus prolifiques. Il est d\u00e9cid\u00e9 que ce mensuel sera imprim\u00e9 \u00e0 Paris afin de contourner les \u00e9ventuelles censures de la R\u00e9sidence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En juillet 1932, la bande de Maghreb lance le premier num\u00e9ro et y explique les objectifs\u2009: \u00ab\u2009Nous poursuivons un double but\u00a0: rendre \u00e0 ce peuple une autonomie qui lui a \u00e9t\u00e9 garantie par un trait\u00e9 au bas duquel nous avons appos\u00e9 notre signature, et sauvegarder l\u2019honneur de la vraie France, g\u00e9n\u00e9reuse, la\u00efque et r\u00e9publicaine\u2009\u00bb. Maghreb traite des probl\u00e8mes auxquels sont confront\u00e9s les Maghr\u00e9bins en accordant toutefois une tr\u00e8s large place au Maroc. Le mensuel s\u2019affirme comme la tribune id\u00e9ale pour toutes les plumes fran\u00e7aises et marocaines qui s\u2019indignent du traitement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la population du royaume, en s\u2019attardant notamment sur l\u2019impact n\u00e9gatif du dahir berb\u00e8re. Mohamed Hassan Ouazzani, \u00e9troitement surveill\u00e9 par les agents de la R\u00e9sidence au moment du lancement de Maghreb, doit ruser pour se rendre \u00e0 Paris. Il obtient, gr\u00e2ce \u00e0 la complicit\u00e9 d\u2019un ancien professeur, une fausse convocation pour passer des examens dans la capitale. Une fois sur place, il choisit l\u2019exil \u00e0 Gen\u00e8ve pour coordonner la revue et \u00e9crire ses articles, \u00e0 l\u2019abri des pressions fran\u00e7aises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La R\u00e9sidence contre-attaque<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 9 juillet 1933, \u00e0 l\u2019occasion du premier anniversaire de la cr\u00e9ation de la revue Maghreb, Omar Ben Abd-el-Jalil annonce l\u2019apparition d\u2019un nouveau-n\u00e9 dans la presse nationaliste, l\u2019hebdomadaire francophone L\u2019Action du Peuple, \u00e9dit\u00e9 et imprim\u00e9 \u00e0 F\u00e8s. D\u00e9sireux de lancer une publication nationaliste au Maroc, Mohamed Hassan Ouazzani fait appel \u00e0 un Fran\u00e7ais converti \u00e0 l\u2019islam, Georges Hertz, pour en prendre la direction l\u00e9gale. Dans le sillage de son a\u00een\u00e9 Maghreb, L\u2019Action du Peuple gagne rapidement en popularit\u00e9 et son tirage, initialement de 400 exemplaires, explose au fil des num\u00e9ros. Outre les autorit\u00e9s du protectorat, tout le monde au Maroc ne voit pas d\u2019un bon \u0153il les succ\u00e8s de Maghreb et de L\u2019Action du Peuple. Le courant nationaliste traditionnel issu des grandes universit\u00e9s arabes ne con\u00e7oit pas d\u2019opposer une quelconque r\u00e9sistance dans la langue de l\u2019occupant. Pourtant, les deux titres phares sont parfois clandestinement traduits en arabe, afin d\u2019\u00e9largir la sph\u00e8re du lectorat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette popularit\u00e9 commence \u00e0 inqui\u00e9ter la R\u00e9sidence, qui promeut la naissance d\u2019un concurrent direct pour contrecarrer le succ\u00e8s de la nouvelle publication. Ainsi na\u00eet le journal La France au Maroc. La R\u00e9sidence pousse le cynisme jusqu\u2019\u00e0 placer \u00e0 sa t\u00eate un certain Chahid El-Ouazzani, homonyme du nationaliste Mohamed Hassan Ouazzani. Le premier num\u00e9ro tente de jouer sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de la publication\u00a0:\u00a0La France au Maroc se veut \u00ab\u00a0l\u2019organe de tous les Marocains dispos\u00e9s \u00e0 collaborer loyalement avec le r\u00e9gime qui nous a apport\u00e9 la paix et la prosp\u00e9rit\u00e9 dans le cadre m\u00eame de nos institutions\u00a0\u00bb. Mais les journalistes marocains qui y sont employ\u00e9s s\u2019aper\u00e7oivent de la manipulation et ne peuvent l\u2019assumer. Peu cr\u00e9dible, La France au Maroc fait naufrage et laisse la place \u00e0 des mesures de r\u00e9torsion bien plus efficaces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Interdits et censures<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En autorisant la presse nationaliste d\u2019expression francophone, la R\u00e9sidence se croit \u00e0 l\u2019abri de la mobilisation de masse. Le succ\u00e8s populaire, d\u00fb essentiellement aux efforts de traduction clandestine, la pousse \u00e0 r\u00e9viser sa position, comme l\u2019atteste une note du directeur des Affaires indig\u00e8nes en 1934\u2009:\u00a0\u00ab\u2009Il n\u2019a servi \u00e0 rien d\u2019interdire l\u2019entr\u00e9e au Maroc aux journaux hostiles de l\u2019Orient, puis \u00e0 Maghreb et de refuser toute autorisation de publication arabe au Maroc. Un journal est n\u00e9 sous la protection d\u2019une loi de presse lib\u00e9rale\u00a0; il est n\u00e9 en fran\u00e7ais et a de nombreux lecteurs, beaucoup plus qu\u2019on n\u2019attendait pour une feuille arabe\u2009\u00bb. La goutte d\u2019eau qui fait d\u00e9border le vase est certainement le traitement r\u00e9serv\u00e9 par L\u2019Action du Peuple \u00e0 la visite du sultan Ben Youssef \u00e0 F\u00e8s. En titrant en Une \u00ab\u2009F\u00e8s acclame les souverains marocains\u2009\u00bb, le p\u00e9riodique fait pour la premi\u00e8re fois du sultan le v\u00e9ritable symbole de l\u2019union des Marocains et de la cause nationaliste. C\u2019en est trop pour la R\u00e9sidence, consciente du risque que repr\u00e9sente la \u00ab\u00a0r\u00e9bellion\u00a0\u00bb de Mohammed Ben Youssef. En mai 1934, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises durcissent s\u00e9rieusement le ton en interdisant l\u2019entr\u00e9e et la diffusion au Maroc de la \u00ab\u2009presse non conformiste\u2009\u00bb. Dans un ultime \u00e9ditorial, Maghreb ironise\u00a0: \u00ab\u2009Depuis huit mois, nous ne cessons de publier des faits pr\u00e9cis, de documenter les Fran\u00e7ais sur ce que l\u2019on commet en leur nom, au Maroc. [\u2026]\u00a0Il n\u2019en fallait pas plus pour soulever contre nous toute la presse r\u00e9actionnaire. Comment\u00a0! Nous avons os\u00e9 en France, \u00e0 Paris m\u00eame, donner aux crapuleries, petites ou grandes, une publicit\u00e9 qui d\u00e9passe les fronti\u00e8res du Maroc. Nous ne pouvons \u00eatre que des anti-Fran\u00e7ais, aid\u00e9s par l\u2019\u0153il de Moscou et la main de l\u2019Allemagne\u2009\u00bb. L\u2019interdit et le harc\u00e8lement des journalistes nationalistes vont perdurer encore deux ans, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir en France du Front Populaire, dans lequel beaucoup d\u2019espoirs sont plac\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le renouveau des valeurs lib\u00e9rales et \u00e9galitaires socialistes favorise le retour de la presse nationaliste et l\u2019all\u00e8gement des contraintes qui p\u00e8sent sur elle. L\u2019arrestation de certains leaders, dont Mohamed Hassan Ouazzani, et la r\u00e9pression polici\u00e8re des manifestations en faveur de la libert\u00e9 de la presse troublent les sensibilit\u00e9s de gauche et acc\u00e9l\u00e8rent la normalisation. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1937, plusieurs p\u00e9riodiques marocains en arabe sont (enfin) autoris\u00e9s, tels que Al-Atlas (dans la mouvance de Allal El Fassi), Al-Maghrib ou encore Al-Amal. En attendant la Seconde guerre mondiale et le syst\u00e8me de censure g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 (non sp\u00e9cifique au Maroc), la presse nationaliste francophone en profite pour refaire surface. L\u2019Action du Peuple ressuscite en avril 1937, accompagn\u00e9 de p\u00e9riodiques d\u2019autres tendances nationalistes comme L\u2019Action Populaire, proche de Allal El Fassi et d\u00e9fini comme \u00e9tant l\u2019\u00ab\u2009organe hebdomadaire du Parti d\u2019action marocaine\u2009\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Derni\u00e8re ligne droite<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 Maghreb, il reprend \u00e9galement du service, bien que le mensuel prenne une tournure plus litt\u00e9raire que journalistique. Bien entendu, ce vent de libert\u00e9 est r\u00e9guli\u00e8rement sujet \u00e0 la censure, pratique assum\u00e9e par la R\u00e9sidence et accept\u00e9e par la presse nationaliste qui se r\u00e9jouit simplement de pouvoir exister. Avec le d\u00e9but de la Seconde guerre mondiale, le champ des libert\u00e9s se r\u00e9duit comme peau de chagrin. La presse est soumise au diktat militaire et les nationalistes ne sont plus les bienvenus dans les imprimeries. Ils privil\u00e9gient d\u00e8s lors d\u2019autres moyens d\u2019action, tels que la publication de manifestes et la mobilisation de la rue. Les journaux fran\u00e7ais du Maroc se consacrent quasi exclusivement aux p\u00e9rip\u00e9ties de la guerre et se rangent d\u2019abord du c\u00f4t\u00e9 de Vichy, puis de celui du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. L\u2019espoir suscit\u00e9 dans les milieux nationalistes \u00e0 la fin du conflit mondial est rapidement balay\u00e9 par les nominations successives des g\u00e9n\u00e9raux Juin puis Guillaume. Bien que reprenant leurs activit\u00e9s, les journalistes sont syst\u00e9matiquement soumis \u00e0 la censure, preuve de la f\u00e9brilit\u00e9 de la R\u00e9sidence, qui sent que le Maroc est en train de lui \u00e9chapper.<br \/>\nComme un baroud d\u2019honneur, tous les efforts sont d\u00e9ploy\u00e9s pour multiplier les titres des groupes de presse fran\u00e7ais du Maroc, r\u00e9actionnaires et virulents, hostiles aux nationalistes et aux lib\u00e9raux fran\u00e7ais. Compl\u00e8tement interdite en d\u00e9cembre 1952, la presse nationaliste passe le relais \u00e0 des publications fran\u00e7aises de courant lib\u00e9ral, avec \u00e0 leur t\u00eate des figures comme Jacques Lemaigre-Dubreuil, patron du groupe Maroc-Presse, qui perdra d\u2019ailleurs la vie \u00e0 cause de son engagement en faveur de l\u2019\u00e9mancipation des Marocains. La fin du Protectorat change la donne, mais l\u2019ind\u00e9pendance, puis le r\u00e8gne de Hassan II, ne soulageront pas la presse marocaine de ses tourments, bien au contraire\u2026<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">Sa\u00efd Hajji, le g\u00e9nie pr\u00e9coce de la presse<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Arri\u00e8re-petit-fils du combattant Sidi Ahmed Hajji, lib\u00e9rateur de Mehdiya arrach\u00e9e aux Espagnols au XVIIe si\u00e8cle, Sa\u00efd Hajji a le patriotisme dans le sang. Ce g\u00e9nie pr\u00e9coce, qui s\u2019est tr\u00e8s t\u00f4t servi de la presse comme d\u2019une arme anti-colonisation, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le premier journaliste du Maroc. Son parcours est aussi fulgurant que brillant. N\u00e9e le 2 mars 1912 \u00e0 Sal\u00e9, soit quatre semaines avant le Trait\u00e9 de F\u00e8s, son destin est de r\u00e9sister par l\u2019\u00e9criture, alors que la seule fa\u00e7on connue de l\u2019\u00e9poque est celle de la lutte arm\u00e9e. \u00a0C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 16 ans, il confectionne par ses propres moyens un journal arabophone clandestin, Al-Widad, dont il \u00e9crit \u00e0 la main chaque exemplaire, soit quelques centaines au total. Une \u00a0exp\u00e9rience qui lui attire une premi\u00e8re r\u00e9action de m\u00e9fiance de la part de la R\u00e9sidence. A la parution du dahir berb\u00e8re, il s\u2019insurge publiquement et se voit imm\u00e9diatement sanctionn\u00e9 d\u2019une interdiction de quitter le territoire marocain. Sa\u00efd Hajji s\u2019exile alors clandestinement au Moyen-Orient o\u00f9, en parall\u00e8le de ses \u00e9tudes, il milite activement pour la cause marocaine. Il parvient \u00e0 susciter la sympathie de Chakib Arsalan, qui le prend sous son aile. Le jeune journaliste aiguise sa plume et affine ses arguments de lutte contre l\u2019oppression. A son retour au Maroc, en 1935, Sa\u00efd Hajji devient une figure incontournable du mouvement nationaliste naissant. A cette \u00e9poque de restriction, il est pionnier en mati\u00e8re de revendication du droit \u00e0 la libert\u00e9 de la presse. Il s\u2019adresse plusieurs fois aux autorit\u00e9s de m\u00e9tropole et obtient une premi\u00e8re victoire lorsque le Front Populaire assouplit la l\u00e9gislation dans ce domaine. Sa\u00efd Hajji se rue sur l\u2019occasion est fonde le journal politique arabophone Al-Maghrib, \u00a0en 1937. Ce dernier conna\u00eet un succ\u00e8s in\u00e9gal\u00e9 mais est s\u00e9v\u00e8rement soumis \u00e0 la censure. Le 2 mars 1942, soit 30 ans jour pour jour apr\u00e8s sa naissance, Sa\u00efd Hajji meurt soudainement \u00e0 la suite d\u2019une maladie. Le choc est immense, le mouvement national est en deuil. Le g\u00e9nie pr\u00e9coce m\u00e9rite bien son surnom de Sa Majest\u00e9 de la presse.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Source : <a href=\"http:\/\/zamane.ma\/fr\/la-saga-de-la-presse-marocaine-24\/\">Zamane<\/a><\/p>\n<p><strong>Lire aussi:<\/strong><\/p>\n<p><a title=\"La saga de la presse marocaine (1\/4)\" href=\"http:\/\/zamane.ma\/fr\/la-saga-de-la-presse-marocaine-14\/\">&gt;\u00a0La saga de la presse marocaine (1\/4)<\/a><\/p>\n<p><a title=\"La saga de la presse marocaine (3\/4)\" href=\"http:\/\/www.zamane.ma\/la-saga-de-la-presse-marocaine-34\/\">&gt;La saga de la presse marocaine (3\/4)<\/a><\/p>\n<p><a title=\"La saga de la presse marocaine (4\/4)\" href=\"http:\/\/www.zamane.ma\/la-saga-de-la-presse-marocaine-44\/\">&gt;La saga de la presse marocaine (4\/4)<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 le 14\/12\/2012\u00a0par la Revue Zamane La saga de la presse marocaine De l\u2019aube des ann\u00e9es 1930 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Ind\u00e9pendance, la presse nationaliste joue un r\u00f4le majeur mais sous-estim\u00e9 dans l\u2019histoire du pays. Le combat des plumes fait rage et les jeunes journalistes marocains deviennent le fer de lance du mouvement nationaliste. Le d\u00e9part du mar\u00e9chal [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4140,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[65],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4143"}],"collection":[{"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4143"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4143\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6003,"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4143\/revisions\/6003"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4140"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}