{"id":15710,"date":"2025-09-08T10:47:29","date_gmt":"2025-09-08T09:47:29","guid":{"rendered":"http:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/?p=15710"},"modified":"2025-09-08T10:48:33","modified_gmt":"2025-09-08T09:48:33","slug":"31-mai-1946-mohamed-ben-hassan-ouazzani-ou-lindependance-comme-passion-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mohamedhassanouazzani.org\/?p=15710","title":{"rendered":"31 mai 1946 : Mohamed ben Hassan Ouazzani ou l\u2019ind\u00e9pendance comme passion"},"content":{"rendered":"<div class=\"field field-field-subhead\">Des petites histoires dans la grande Histoire\u00a0: voil\u00e0 ce que racontent les photos d\u2019archives. Cette semaine, le singulier parcours d\u2019un h\u00e9ros oubli\u00e9 de l\u2019ind\u00e9pendance marocaine<\/div>\n<div><a class=\"author-name\" title=\"View user profile.\" href=\"https:\/\/www.middleeasteye.net\/fr\/users\/ali-lmrabet\">Ali Lmrabet<\/a><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><img src=\"https:\/\/www.middleeasteye.net\/sites\/default\/files\/styles\/max_2600x2600\/public\/images-story\/1_6.jpg.jpg?itok=xkqKAxrb\" alt=\"Le clich\u00e9, qui a fini dans des cartons rapatri\u00e9s en France apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc, avait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 des d\u00e9cennies plus tard aux archives (avec l\u2019aimable autorisation d\u2019Ali Lmrabet)\" \/><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<p>C\u2019est une photo malmen\u00e9e par le temps mais qui, malgr\u00e9 son grand \u00e2ge, garde une remarquable nettet\u00e9. Elle a exactement 75 ans.<\/p>\n<p>On est \u00e0 F\u00e8s, un des principaux fiefs du nationalisme citadin marocain. On poss\u00e8de la date : le 31 mai 1946.<\/p>\n<p>La photo montre le patio d\u2019une vieille demeure traditionnelle de cette tr\u00e8s vieille cit\u00e9 autrefois capitale de l\u2019empire ch\u00e9rifien, avant qu\u2019elle ne soit supplant\u00e9e par Rabat en 1912.<\/p>\n<p>Le clich\u00e9, qui a fini dans des cartons rapatri\u00e9s en France apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc, confi\u00e9 des d\u00e9cennies plus tard aux archives, montre une foule bigarr\u00e9e, faite de djellabas, de fez (couvre-chef masculin en feutre souvent rouge) et de quelques costumes cravates.<\/p>\n<p>Mais le vrai protagoniste de cette sc\u00e8ne n\u2019appara\u00eet pas sur la photo. Ce rassemblement a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer le retour, apr\u00e8s un long exil forc\u00e9 de neuf ann\u00e9es, de Mohamed ben Hassan Ouazzani<\/p>\n<p>Presque tout le monde fixe des yeux une jeune fille.<\/p>\n<p>Juch\u00e9e sur une table, l\u2019adolescente, coiff\u00e9e d\u2019une m\u00e8che rouleau typique des ann\u00e9es 1940, est v\u00eatue d\u2019un \u00e9l\u00e9gant tailleur, synonyme de son appartenance \u00e0 cette partie de l\u2019\u00e9lite bourgeoise fassie qui s\u2019est tr\u00e8s bien accommod\u00e9e des modes vestimentaires venues d\u2019ailleurs. Un papier \u00e0 la main et sa posture sugg\u00e8rent qu\u2019elle est en train de prononcer un discours.<\/p>\n<p>Sur l\u2019image, des num\u00e9ros ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s \u00e0 la main pour identifier deux personnes. Au verso de la photo, un petit texte tap\u00e9 \u00e0 la machine affirme que l\u2019adolescente qui porte le num\u00e9ro \u00ab 1 \u00bb est la fille de \u00ab Si Abdelaziz Boutaieb \u00bb, un manifestant \u00ab tu\u00e9 lors des \u00e9meutes de janvier-f\u00e9vrier 1944 \u00bb contre les Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019homme qui est marqu\u00e9 par le \u00ab 2 \u00bb, il s\u2019agit de \u00ab Si Mohamed Laraki \u00bb, un ex-professeur de l\u2019Universit\u00e9 al-Qaraouiyine de F\u00e8s, install\u00e9 par la suite \u00e0 Casablanca.<\/p>\n<p>Mais le vrai protagoniste de cette sc\u00e8ne n\u2019appara\u00eet pas sur la photo. Ce rassemblement a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer le retour, apr\u00e8s un long exil forc\u00e9 de neuf ann\u00e9es, de Mohamed ben Hassan Ouazzani, le chef d\u2019une importante faction du mouvement national, rivale du parti de l\u2019Istiqlal (premier parti politique marocain, fond\u00e9 pour obtenir l\u2019ind\u00e9pendance).<\/p>\n<p>Une personnalit\u00e9 singuli\u00e8re<br \/>\nOuazzani est une personnalit\u00e9 singuli\u00e8re de l\u2019histoire contemporaine du Maroc. Cet acteur majeur du nationalisme marocain avait 2 ans quand le pays fut soumis au r\u00e9gime du protectorat.<\/p>\n<p>Fils d\u2019un riche propri\u00e9taire terrien, il fr\u00e9quenta le lyc\u00e9e Moulay Driss de F\u00e8s, rejoignit le lyc\u00e9e Gouraud de Rabat (actuel lyc\u00e9e Descartes), qui acceptait rarement les \u00e9l\u00e8ves marocains, avant de passer son bac au v\u00e9n\u00e9rable lyc\u00e9e Charlemagne de Paris.<\/p>\n<p>Pass\u00e9 par l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politiques de Paris, qui s\u2019appelait alors l\u2019\u00c9cole libre des sciences politiques, et par une \u00e9cole de journalisme, il commen\u00e7a par collaborer \u00e0 la Nation arabe, le journal genevois du Libanais Chakib Arslan, pour participer ensuite, avec Robert-Jean Longuet, un arri\u00e8re-petit-fils de Karl Marx, \u00e0 la cr\u00e9ation en 1932 de la revue Maghreb.<\/p>\n<p>De retour au Maroc en 1933, il fonda \u00e0 F\u00e8s le quotidien L\u2019Action du peuple. La particularit\u00e9 de ce journal marocain, vite interdit, est qu\u2019il \u00e9tait publi\u00e9 en fran\u00e7ais et qu\u2019il ne faisait pas myst\u00e8re de son choix d\u2019utiliser la langue du colonisateur pour mieux le combattre.<\/p>\n<p>Ce petit homme tout en rondeurs, portant lunettes de vue, que beaucoup de photos montrent pensif ou en train d\u2019\u00e9crire, n\u2019\u00e9tait pas seulement un homme de plume.<\/p>\n<p>Grand pourfendeur du dahir berb\u00e8re (nom donn\u00e9 au d\u00e9cret organisant le fonctionnement de la justice dans les tribus berb\u00e8res), c\u2019est lui qui cr\u00e9a, en 1934, avec le conservateur Allal El-Fassi, futur za\u00efm (chef) du parti de l\u2019Istiqlal, une des premi\u00e8res structures partisanes explicitement ind\u00e9pendantistes, le Comit\u00e9 d\u2019action marocaine (CAM), puis qui fonda en 1937, apr\u00e8s une querelle id\u00e9ologique avec son comp\u00e8re Fassi, le Haraka Kaoumia (Mouvement nationaliste).<\/p>\n<p>Coup de poing, physique et intellectuel<br \/>\nSon militantisme lui vaudra la m\u00eame ann\u00e9e de souffrir le nafie (bannissement) dans le sud d\u00e9sertique du Maroc, une punition prescrite par les Fran\u00e7ais mais sign\u00e9e de la main de Mohamed El Mokri, le grand vizir du sultan Mohammed V.<\/p>\n<p>Ce sont ses partisans de F\u00e8s, dont l\u2019un est le p\u00e8re de la jeune fille de la photo, qui ont organis\u00e9 en janvier 1944 des manifestations pour r\u00e9clamer l\u2019ind\u00e9pendance et qui re\u00e7urent en \u00e9change une violente r\u00e9pression fran\u00e7aise et, curieusement, le d\u00e9saveu public de Mohammed V.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son retour \u00e0 F\u00e8s, Ouazzani fonda le Hizb Choura Wal Istiqlal (Parti de la d\u00e9mocratie et de l\u2019ind\u00e9pendance) et lan\u00e7a ses troupes \u00e0 l\u2019assaut du protectorat. Et quand la situation devint intenable en 1951, il s\u2019exila \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, volontairement cette fois-ci, pour \u00e9viter de devenir l\u2019otage, voire la victime, des Fran\u00e7ais, et pour d\u00e9fendre librement l\u2019ind\u00e9pendance du pays dans les instances internationales.<\/p>\n<p>Avec ce pedigree, Ouazzani aurait d\u00fb avoir droit \u00e0 tous les honneurs apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc en 1956.<\/p>\n<p>Or, il souffrit d\u2019une impitoyable et sanglante pers\u00e9cution de la part de l\u2019Istiqlal d\u2019Allal El-Fassi, son ancien compagnon du CAM, qui d\u00e9cima ses partisans.<\/p>\n<p>Et apr\u00e8s l\u2019ascension au tr\u00f4ne de Hassan II en 1961, il fut un \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ministre d\u2019\u00c9tat sans portefeuille, une singuli\u00e8re mani\u00e8re pour le nouveau souverain alaouite de d\u00e9politiser ceux qui avaient contribu\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration du pays.<\/p>\n<p>Ses principales pr\u00e9tentions \u00e9taient de faire du Maroc un \u00c9tat libre, moderne et d\u00e9mocratique, au sens large du terme, d\u00e9barrass\u00e9 de ses archa\u00efsmes, de la corruption et de l\u2019intol\u00e9rance politique<\/p>\n<p>Injuste destin\u00e9e que celle de cet homme reconnu pour sa grande culture et sa pond\u00e9ration, francophone et panarabiste en m\u00eame temps, et discret animateur de quelques id\u00e9es tr\u00e8s en avance sur son \u00e9poque qui auraient m\u00e9rit\u00e9 qu\u2019on s\u2019y attarde.<\/p>\n<p>Ses principales pr\u00e9tentions \u00e9taient de faire du Maroc un \u00c9tat libre, moderne et d\u00e9mocratique, au sens large du terme, d\u00e9barrass\u00e9 de ses archa\u00efsmes, de la corruption et de l\u2019intol\u00e9rance politique.<\/p>\n<p>Et quelle fin path\u00e9tique que la sienne. Lors du sanglant coup d\u2019\u00c9tat de Skhirat contre Hassan II en 1971, bless\u00e9 par les balles des militaires conjur\u00e9s, il fut amput\u00e9 de son bras droit, celui qui lui servait pour \u00e9crire.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, apr\u00e8s la disparition de son \u00e9pouse, compagne et t\u00e9moin de ses vicissitudes, il entama un long et progressif d\u00e9clin, physique et politique, qui aboutit \u00e0 son d\u00e9c\u00e8s en septembre 1978.<\/p>\n<p>En portant son cercueil dans sa derni\u00e8re demeure, la plupart de ceux qui \u00e9taient aux affaires cette ann\u00e9e-l\u00e0, \u00e0 commencer par Hassan II, se sont peut-\u00eatre souvenus qu\u2019ils \u00e9taient encore enfants dans les ann\u00e9es 1930, quand Mohamed ben Hassan Ouazzani faisait d\u00e9j\u00e0 le coup de poing, physique et intellectuel, contre le colonisateur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des petites histoires dans la grande Histoire\u00a0: voil\u00e0 ce que racontent les photos d\u2019archives. Cette semaine, le singulier parcours d\u2019un h\u00e9ros oubli\u00e9 de l\u2019ind\u00e9pendance marocaine Ali Lmrabet C\u2019est une photo malmen\u00e9e par le temps mais qui, malgr\u00e9 son grand \u00e2ge, garde une remarquable nettet\u00e9. Elle a exactement 75 ans. 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